LA TECHNIQUE
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Le Métier à tisser
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bouton Définition
bouton orange Nous parlerons, ici, du métier à tisser « sédentaire », installé dans un atelier permanent, et non de métier nomade (autre sujet). Il est dit « basse lisse » car les fils de chaîne sont disposés horizontalement, devant le tisserand par comparaison avec celui qui est vertical : « haute lisse », utilisé pour certaines tapisseries. Cela reste un outil et non une machine, nécessitant une préparation un peu longue, mais qui, une fois monté et ourdi, se gouvernera en liberté avec les pieds et les mains d’où son nom de métier à main.
basse lisse basse lisse 
haute lisse
 
Métier à tisser dit
« basse lisse en Cage  »
Métier à tisser dit
« basse lisse  en T »
Métier à tisser dit
« haute lisse »

bouton L'Outil
  bouton orange Le métier à tisser,ainsi défini, se présente comme un cadre rigide horizontal posé sur pieds avec, aux extrémités, deux rouleaux (les ensouples) qu’on peut immobiliser ou enrouler . Les fils de chaîne sont enroulés au nord, le tissu réalisé, au sud. Au premier tiers du cadre, s’élève une structure verticale qui reçoit le système de levée des fils de chaîne, ce système est relié à un pédalier. Vu de profil ce genre de métier ressemble à un «  T » majuscule la tête en bas.
métier à tisser
Le métier à tisser
En fait il s’agit de faire en sorte que chaque fil de chaîne puisse être levé à un moment voulu par le tisserand quand il appuie sur la pédale correspondante – il existe des métiers qui soit lèvent certains fils pendant que les autres restent à l’horizontale, soit baissent des fils, soit, en même temps lèvent des fils pendant que les autres se baissent, à l’ usage le métier à « la lève » est le plus confortable pour le tisserand, surtout pour le "brochage".
On voit que la structure de ce métier est orientée par rapport au tisserand, avec dans l’axe Nord - Sud les fils de chaîne, mis en parallèle les uns à la suite des autres avec un système de tension (plus le métier sera long, mieux il respectera l’élasticité du fil et le tissu aura plus de tenue), dans l’axe Est - Ouest et verticalement s’organisent les éléments articulés qui permetterons les passages du fil de trame car c’est là que sont sélectionnés les fils de chaîne qui doivent se soulever pour accueillir et emprisonner le fil de trame passé avec une navette, une broche ou les doigts.

navette
bouton orange Cette partie du métier (Le harnais) comprend de haut en bas et à l’intérieur de deux cadres rigides, les « marionnettes »  : planchettes mobiles en balancier dont une extrémité est reliée par un fil au « pédalier » , l’autre à une « lame »  ; la « lame » , juste en dessous des marionnettes est un cadre mobile, flottant, où sont disposées verticalement les « lisses » ou « aiguilles » , les lames sont donc suspendues et reliées aux « marionnettes » , les lisses, métalliques ou en coton, sont de fines tiges verticales, percées en leur milieu, « maillon » par lequel doit passer un fil de chaîne (Voir montage de la chaîne) , Chaque lame (un métier doit avoir deux lames minimum) est reliée par le bas à des « contremarches » qui sont des relais horizontaux entre les marionnettes et les pédales, ce sont des tiges longues d’au moins la moitié de la largeur du métier mises en axe depuis un des bords latéraux du métier jusqu’à l’aplomb du pédalier. Ces contremarches sont reliées en haut aux marionnettes et vers le bas aux pédales. Enfin les pédales, articulées viennent soit du fond du métier soit partent de la traverse du début.

bouton orange Quand on appuie sur une pédale on baisse une ou plusieurs contremarches donc on lève une ou plusieurs marionnettes qui lève une ou plusieurs lames entrainant dans ce mouvement la levée des fils passés dans les lisses correspondantes aux lames. On ne peut mieux dire : il s'agit d'une réaction en chaîne. les navettes
Les navettes
bouton orange Enfin un système de blocage et de frein des « ensouples » afin de pouvoir tendre ou détendre les fils de chaîne, au fur et à mesure que l’étoffe grandit entre le tisserand et le peigne.
Voilà à peu près ce dont un métier a besoin pour tisser !
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bouton L'ourdissage (monter une chaîne)
C’est l’ensemble des opérations nécessaires pour amener, organiser et tendre les fils qui vont se présenter devant le tisserand.
Il y a quatre étapes distinctes pour y arriver.
Dans le cas présent, je décris le montage d’une chaîne qui peut se faire sans aide extérieure (il existe d’autres techniques ).
bouton orange Préparation des fils et du métier :
Le métier à tisser est nu (il n'y a que le bâti de bois).
Les lames et le peigne sont retirés, il n’y a plus d’obstacle sur l’horizontale entre les poitrinières arrière et avant (les poitrinières av.-ar. sont les deux extrémités nord/sud du cadre horizontal du métier)  ; le bas du harnais (où repose le peigne normalement) servira de point d’appui au « cantre » plus tard.
Il faut déterminer, en fonction du titrage du fil de chaîne qu’on a choisi, le nombre de fils correspondant à un centimètre, on en déduit le nombre qu’il faut pour 10cm. (Par exemple, bien sûr!)
un cantre
un Cantre
En général ces fils sont fournis, par les filatures, sous la forme de grosses bobines de plusieurs kilos, il convient de les convertir en petites bobines identiques qu’on placera sur un « cantre » . (Un « Cantre » est un instrument qui reçoit les bobines pleines du fil de chaîne et depuis lequel on rejoindra l’ensouple arrière avant de les enrouler dessus). Il existe plusieurs sortes de cantres, ici on utilise une planche hérissée de clous qui reçoivent les bobines. Ce cantre est calculé pour recevoir le nombre de fils équivalent à 10 cm . en largeur de chaîne. (par exemple si on se base sur un fil dont le titrage admet 4 fils au centimètre, on remplira 40 bobines pour 10 cm . de largeur de chaîne.)
bouton orange L’Ourdissage
Cette opération consiste à napper l’ensouple arrière des fils qui viennent du cantre , pour une longueur déterminée et dans une largeur choisie.
« L’ensouple » est un cylindre qui tourne autour d’un axe central, selon sa circonférence on déterminera le nombre de tours qu’il faudra faire pour atteindre la longueur voulue de la future chaîne (ici régulièrement 60 mètres).
Cette ensouple est divisée en sections de dix centimètres (par exemple !), les fils viennent des bobines placées sur le cantre  , il y en a 40 qui représentent ces dix centimètres. Ils sont pris un par un, se concentrent pour former un faisceau de 10cm, en forme d’entonnoir, passant par une boîte à encroix  proche de l’ensouple (ar.) dont le rôle est de recevoir ces (40) fils, les mettre en parallèle, bien les séparer, réguler leur tension et les présenter en bon ordre devant cette section (10cm.) de l’ensouple.
Ce paquet de fils est noué sur une baguette d’encrage (point de départ de toutes les sections futures).
On peut, alors, faire tourner le cylindre autant de fois qu’il faudra pour réaliser la longueur de chaîne prédéfinie. On recommencera cette opération, depuis le centre de l’ensouple vers les extrémités, autant de fois qu’il faut napper 10cm. pour réaliser la largeur définie de la future étoffe.
l'ensouple
L'ensouple arrière

la boite à encroix
La boite à encroix

bouton orange Le Rentrage ou Remettage :
L’ensouple arrière une fois habillée de tous les fils nécessaires, on remonte les lames et on réinstalle le peigne à sa place.
Maintenant il s’agit de passer chaque fil (un par un) , depuis l’ensouple arrière, d’abord par un des maillons des lisses de chaque lame, puis par une des intervalles (le PEU) entre deux dents du peigne selon un ordre déterminé  (selon les cas on va passer un ou deux fils en «  peu »).
le remettage
le rentrage
De cet ordre vont dépendre la nature et les caractères des étoffes issues de cette nouvelle chaîne, cela s’appelle L’Armure  . Cette armure a déjà été définie avant de monter la chaîne (c’est pour la réaliser qu’on fait tout ce travail).
Elle est l’aboutissement d’une recherche personnelle et fait l’objet d’un dessin qui ressemble à une portée musicale et qui figure l’ordre selon lequel tel fil doit passer par telle lisse de telle lame, sachant que chaque fil peut passer individuellement par une des quatre lames si on travaille sur un métier à quatre lames etc…
  bouton orange Tendre les fils
Tous les fils de chaîne ont été rentrés et viennent pendre devant le peigne. Pour pouvoir tisser il faut les nouer par petits paquets sur une baguette d'encrage, reliée à " l'ensouple avant" ("l'ensouple avant" est un petit cylindre, généralement situé en retrait sous le métier sur lequel viendront s'enrouler les futurs tissus).
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bouton Le tissage et les Tissus.
bouton orange Le montage de la chaîne n’est pas seulement le fait de tendre des fils devant le tisserand mais c’est aussi, par le choix de l’armure , déterminer la nature des étoffes à venir. Il en dépend le registre, la Tessiture à l’intérieur de laquelle on pourra s’exprimer.
bouton orange Traditionnellement on distingue deux types d’armures  :
  • Les fondamentales comme la Toile (taffetas pour la soie), le Sergé, le Satin, le Reps, le Cannelé qui sont dites simples (il faut le dire vite !).
  • Les composées qui sont issues de la combinaison des simples.
bouton orange Il ne faut pas oublier tous les jeux possibles entre différentes matières (ex : un gaufrage) , les couleurs variées (ex : le pied de poule) qu’on peut amener en chaîne et, plus tard, les fils qu’on introduira en trame. Ce sont autant de variables qui vont augmenter notre Tessiture ou l’étendue de notre registre.
Une composition
bouton orange Les tissus ou les étoffes qui sortiront du métier seront donc le résultat de la rencontre organisée entre la Chaîne et la Trame. Il y a peu de place laissée au hasard mais il en reste beaucoup à des expériences nouvelles (voir : « nos choix »).
bouton orange La chaîne étant en place, le rôle du tisserand est, maintenant, de travailler la trame.
bouton orange Cela consiste à introduire le fil (ou la matière) choisi dans un mouvement Est-Ouest après avoir levé, grâce aux pédalier, des fils de chaîne sélectionnés… le coup suivant, d’autres fils seront levés et on aura ainsi une croisure qui emprisonnera la trame et ainsi de suite…
bouton orange

Le fil de trame peut être introduite par une navette qui va d’un bord à l’ autre du tissu ou sur une partie seulement, on peut aussi utiliser des broches ou les mains. (la « navette » tient son nom à sa forme qui évoque un bateau - du latin : NAVIS : navire, il y en a une grande variété).

Notre préférence va très nettement vers une trame complexe ornée de Motifs Brochés à la main.

 

bouton orange Les milliers d’années d’histoire du textile nous ont laissé une impressionnante bibliothèque de tissus possibles qui seront la base de nos tentatives personnelles (voir « bibliographie ») . Dans ce domaine, l’aphorisme (chinois, bien sûr) qui dit : « L’expérience des autres est un peigne pour les chauves. » , se vérifie pleinement. En effet il faut faire ses propres essais, découvrir ses erreurs afin d’en déduire quels sont les bons gestes pour faire aboutir les bons projets.
bouton orange Ces bases étant données, chacun aura le loisir de s’exprimer en liant la fameuse trilogie : « Matières, couleurs, formes » aux techniques du tissage que nous ne faisons que survoler ici.

 


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