Orientations
est bien le mot juste... : « trouver
son orient » 
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Au commencement était
.... moins que rien !
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Par
Saint Blaise.... !
- Passons sur cet anniversaire de
1974 où je découvrais, sous son papier d'emballage, les
morceaux de bois, bien alignés, de ce premier machin à
tisser « de table »,
le manuel d'utilisation d'une main, un paquet de points d'interrogation
dans l'autre (merci « Tissanova » !).
- Passons sur ces premiers mois d'essais
et d'erreurs ou plutôt dans l'ordre : d'erreurs et d'essais
où le mot enchevêtrement prenait
plus que son sens.
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- Passons sur cette inondation de
textiles divers dont je faisais honnêtement présent à
mes proches... qu'ils me pardonnent !
- Passons sur cette recherche frénétique
pour découvrir la source des matières premières en visitant les campagnes
françaises et même suisses. Kirsten, ma femme, qui m'accompagnait
aurait dû se douter de quelque chose.
- Passons sur cette montagne de
livres sacrés acquis çà et là. Grâce à
ces auteurs, pas à pas, j'ai fait, doucement mes premières
dents.
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Passons sur cette merveilleuse
expérience d'aller voir sur pieds et toucher mes futurs tissus, bruts de chez Brut, chez un berger très
sympa et un peu étonné quand je lui ai acheté des
ballots de toisons.
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Passons sur cette impérieuse
nécessité d'apprendre à laver, dessuinter, carder
et filer la laine à l'état sauvage. N'empêche que
je me suis bien amusé !
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Passons sur cet essai d'alchimie
amusante, à base d'herbes de Provence, que fut la teinture
végétale, avec le plaisir d'un gamin à qui on donne
des tubes de couleurs. Je baignais alors voluptueusement entre
l'Art Brut et l'ARTE Povera... avec l'arrière pensée,
avouée, de toucher un jour à la soie... !
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| C'est à
ce stade d'initiation accélérée, indispensable à
tout autodidacte, que j'ai décidé d'avoir mon premier Métier
à pédales, déterminé à pousser plus
loin mon incursion dans le monde textile et d'en faire ma profession.
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Passons enfin
sur cette décision de boucler mes études de psychologie,
une maîtrise en poche, pas nécessaire (quoique !) mais largement suffisante pour ouvrir un atelier de créations
textiles, sorte de métier d'art
et de création , s'il en est. Cela me rappelait
le temps béni des premières années de « psycho »
où je passais plus de temps au Louvre et l'Institut d'Art
que dans les amphis de Censier Sorbonne.
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Passons...
enfin, de l'autre côté de la glace sans tain ...suivi
cependant par l'ombre de la « psycho »
et avec la miraculeuse bénédiction de Blaise !
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Voyage initiatique
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Revenant sans cesse à
mes bouquins, je découvrais, aussi, que le Tissage avait une Histoire,
longue, riche, plutôt méconnue, couvrant
quasiment l'ensemble de la planète. Cette histoire mystérieuse
continue, par endroits, à marquer la vie culturelle des hommes.
Suivre l'Histoire du textile était, en réduction, brosser un tableau de l'Histoire de l'Humanité .
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Qu'il soit sous forme de tapisseries, tapis, tissus
ou étoffes diverses, le textile semble si intimement lié
à la vie de l'homme, si évident, qu'on paraît
avoir oublié son importance, comme on oublie la terre sur laquelle
on marche, à la fois si vaste et si minuscule.
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J'ai donc entrepris un voyage imaginaire depuis
l'Egypte et la Mésopotamie , séjournant dans les fiefs
Turcs, Arméniens, Perses et Arabes du « Tapis volant ».
Grâce à lui j'empruntais, à rebours, la fascinante
« route de la Soie » qui, après une
halte en Indes, me conduisit en Chine à la cour de Si-Ling-Chi.
J'y fus, d'ailleurs, très honorablement reçu. De là... fouette
Tapis ! un passage au Japon s'imposait ... ça c'est
s'orienter ! ... aller vers l'Orient !... Depuis cet Orient,
comme certains, il y a 50 000ans, je mis un pied aux Amériques
du nord, du centre et du sud où il a fallu trier entre les
tissus originaux, ceux de la tradition européenne importés
et les hybrides... Enfin, « de guerre lasse ! »,
retour chez nous, m'attardant chez nos grecs et nos romains. Le coffre
de mon fidèle « tapis volant » était
plein d'Orientations.
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Kilim volant |
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C'est au déballage du coffre, quand tout fut mis à
plat, que certains éléments essentiels me sont apparus
comme trame de mon futur travail. Ceux-ci m'aideraient à trouver
la bonne Tessiture avant de lancer mon chant dans la forêt de la création
de tissus contemporains.
-
Faisant mienne cette affirmation de Jean Jaurès : « De
l'autel des ancêtres gardons, non les cendres, mais la flamme ! »,
en faisant le tri de tout ce déballage, je pouvais poser les « tenants esthétiques » et en déduire les nécessaires « aboutissants
techniques ».
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« Les tenants
esthétiques ... »
- Paysage
:
- Les « tissus d'Art »
existent depuis toujours, ils se définissent par eux même
ou par l'usage exceptionnel qu'on en fait ; la préciosité
de leur matière, leur rareté, les dessins originaux
qui les ornent peuvent les désigner comme tel. Mais ce constat
est un peu court.
- Avec eux on passe facilement, selon la pensée de Malraux,
de l'art par destination
à l'art par métamorphose
. Certains tissus ont le cul entre deux chaises, entre l'utilitaire impur et
la pure expression artistique, mais, dans tous les cas, un tissu est
rarement sans fonction).
- « Destination »,
« Métamorphose » !
et si cette distinction n'existait plus que pour les commodités
d'une Histoire de l'Art. En effet, après les
Mythologies personnelles , le READY-MADE , le Design
, et tout une suite d'autres mouvements contradictoires ou complémentaires,
l' Art d'aujourd'hui, se drapant
dans l'étoffe du «Concept »,
disparaît par dissolution.
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De ce fait, il est partout. Cela se passe, apparemment,
au profit de l'artiste
, à condition d'amener dans sa démarche du « spirituel »
au sens où l'entendait Kandinsky. Alors, libre à lui
de désigner son champ, son support et d'y imprimer son style
comme on habite un lieu. A sa charge de convaincre le regard de
« l'Autre »,
et que « s'il montre bien la Lune
du doigt, c'est bien la Lune qu'on regarde et non son doigt.
».
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Or, mis à part quelques foyers de résistances, dans
les années « 60 »,
le tissage à la main, en France, avait disparu de l'activité
artisanale. Il avait été mangé, façon « fast food »,
par une industrie forte et inventive. Seuls quelques fleurons, attachés,
tant bien que mal, à la Haute Couture , des manufactures subventionnées
de « Tapisseries »,
voire des îlots comme celui d'un Lanza
del Vasto perpétuaient ces gestes de paix et de
réflexion.
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Aussi, en 74, ce terrain était à peine défriché
par des re-découvreurs. En plus, aucune attache particulière
ne nous liait à une tradition locale obligatoire.
Autant dire que ce domaine quasi
désertique offrait l'avantage d'une terre de libre expression
qu'il eût été dommage de laisser vierge.
-
Qu'a cela ne tienne !... on a dû être plusieurs
à sentir cela, car, avec l'onde de choc du Mouvement
de 68 on dénombrait environ 8000 ateliers de
tisserands qui avaient poussé vers 1980, sans compter ceux
et celles qui tentèrent, pour le plaisir, de jouer avec,
dans leurs foyers. On pouvait percevoir ce même élan
pour d'autres activités artisanales (terre, bois, fer, etc...).
-
Autant d'expériences individuelles où
chacun, avec sensiblement le même outil, poussait ses recherches
en quête d'une expression personnelle...qui,
se spécialisant dans le travail d'une matière précise,
qui,
tentant de traiter le foisonnement de matériaux divers,
qui,
privilégiant les teintes naturelles ou les matières
brutes, qui,
étudiant la complexité des
« armures », qui,
au contraire, s'attachant à des armures simples,
se dirigeait vers un travail de stylisme, parfois d'ameublement
... bref, des choix ou des orientations... il y en avait pour tout
le monde !
-
On aura compris, qu'en liant d'un noeud «
ghorjes » les ouvertures pratiquées dans
le monde des « expressions pures »
(L'art, peut être !)
à l'étendue des techniques textiles, c'est une véritable
Terra-incognita à labourer qui s'offrait à
beaucoup d'entre nous !
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- Evidences
:
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Une fois bouclé, ce voyage imaginaire, fait de textes et
d'images, dans des temps et des lieux si divers, il m'apparaissait
évident, qu'avec l'outil que je venais à peine de dompter,
je pouvais installer mon travail sur n'importe quelle terre. J'y trouverais
toujours un regard curieux et averti qui m'expliquerait comment il
traduisait ces figures, ces signes, ce langage ... puisque c'était
aussi le sien.
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Shou la tortue |
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Pourquoi s'agit-il de langage et pourquoi c'est aussi le sien, autant
que le votre, le mien ... ?
-
Pour le langage, quand on associe les jeux des
matières, des couleurs et des motifs et qu'on fait les gestes
pour les tisser, on obtient une sorte de laisser-passer pour entrer
dans le vaste monde paradoxal des Signes
et des Symboles
.
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Le symbole est un élément particulier des modes communicants. Il
puise en permanence ses forces dans les signes archétypiques
en même temps qu'il s'enrichit de toutes les autres formes d'expression. « La perception du symbole est éminemment
personnelle .../... Elle participe de l'héritage bio-physiologique
d'une humanité mille fois millénaire ; elle est
influencée par des différentiations culturelles et sociales
.../... à quoi s'ajoute les fruits d'une expérience
unique .../... Le symbole a justement cette propriété
de synthétiser dans une expression sensible toutes ces influences
de l'inconscient et de la conscience, ainsi que les forces instinctives
et spirituelles... » (Dictionnaire
des Symboles). Mais il est ambivalent ou paradoxal.
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« Les symboles révèlent
en voilant et voilent en révélant. »
(Georges Gurvitch)
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En effet, le « sumbolon
» , est partagé entre deux
individus qui se séparent sur un contrat de confiance à
suivre. Plus tard, la jonction des deux morceaux de bois confirmera
pour eux ou tout autre détenteur d'une des parties cette rencontre
et le contrat qui s'y attache. Cela implique, dans le même geste,
l'éloignement et le rapprochement, la rupture et la jonction,
attitude simplement humaine, jusque
dans la méfiance du geste. C'est
un langage indirect et ambigu qui côtoie l'abstrait.
Comme il semble exister une « ekklêsia »
universelle, un fond commun de l'attitude symbolique, ce langage est
pour « l'Autre », n'importe quel « Autre »
autant le mien que le sien.
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Autre Shou |
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- Cette clé ouvre les portes de tous les lieux de la Terre ,
(bien avant l'écriture), et cela m'arrange, car l'expression que je choisis ne veut pas s'attacher à un terroir. Les « Symboles » traversent le temps, ceux qui le sont déjà demeurent et
forment le radical de ceux qui arrivent, cela m'arrange encore, car
l'expression choisie voudrait être dedans et hors du temps...
une image, un texte, une calligraphie
sans date ni lieu.
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- Aller au delà du tissage comme simple fabrication du tissu,
mettre mon pas sur la démarche antique (flamme
de l'autel de Jaurès) et tatouer sur mes étoffes
des signes inconnus, traces énigmatiques, me sont apparus comme
une aventure textile aussi intéressante que moderne. L'esprit
du
TAPIS me hante... l'esprit surtout... ! de cet
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le divan du maître |
espace coloré où foisonnent desmotifs, sibyllins de prime abord, et qui, pourtant, vous sautent au regard. Ces impressions de figures dynamiques, déjà vues, qui nous parlent, vieilles complices de toujours, je les ai rencontrées particulièrement inscrites dans certains KILIMS et sur le velours de quelques Caucasiens, Beloutch ou Berbères. Ce n'est pas par hasard si Sigmund Freud, connaisseur en textile, avait choisi un kilim comme jeté de divan. Certes, humble occidental, je ne suis pas dans le secret de ces pages calligraphiées de l'âme orientale. Je sais qu'il faut voir au delà de ce qui nous est montré. Mes recherches m'ont persuadé que, même sur place, dans le sérail, on ne serait pas toujours d'accord sur le sens des choses ... et la traduction en serait inexacte, incomplète ou simplifiée. Ces tissages ont tant d'esprit qu'ils en gardent pour eux.
- De plus, en cherchant mieux, cette attitude n'était nullement le privilège de l'Orient. En grattant, on déniche cet esprit dans les traditions européennes. On le retrouve presque intact dans l'artisanat « colonial » du Canada comme des Etats-Unis, donc issu du vieux continent.
- De notre côté, comme Matisse, Cézanne, Gauguin, Kandinsky et autres peintres comme Paul Klee, notre émotion est d'abord purement esthétique ... mais pas seulement.
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- Bien sûr, en occident, on a très fortement intériorisé
certaines notions de base. Ainsi, peu font le rapprochement entre
les mots tisser et texte
qui ont pourtant la même racine latine : le verbe TEXO,
texere, textum, tisser...Or il n'y a pas de hasard
dans la construction sémantique latine !
- Ce qui fait que c'est avec délectation que je me lançais
librement dans l'écriture métaphorique
des Tapis, tissant une étoffe comme
un champ étoilé, semé de figures et de signes,
comme une écriture calligraphiée, muette ou imprononçable,
non divinatoire mais si possible spirituelle « Objets
inanimés, avez-vous donc un âme ? »,
« Toujours, répondirent-ils,... au moins la vôtre ! ».
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Gul |
- Comme d'autres, il y a quelques années, (Boltanski,
J. Le Gac...) s'entouraient d'une «
Mythologie individuelle », je désire
maintenant partager l'idée d'un «
Symbolisme perso ».
- Je dis : partager
parce que pour la réaliser je m'appuie sur des éléments
archétypiques , donc partageables, même s'ils
sont profondément enfouis au fond du jardin. Ils font le lien
entre l'Occident et l'orient, n'hésitant pas à traverser
tout ça par toutes les diagonales Nord-Sud. A chacun son petit
génie ou son style mais on sait que la source est la même.
- Plutôt compositeur de nature qu'interprète, je puise,
dans cette gamme d'éléments, la matière harmonique
pour créer de nouveaux tapis.
- Ces étoffes tapissées, en leur donnant formes humaines,
non seulement nous transportent mais, en les endossant, nous leur
offrons une vie... une vie en ronde bosse ou 3D !
- Disons, qu'au travers de ces formes, de ces couleurs et des figures
qui s'y promènent, il y a à considérer globalement
tout ce qui est à voir « du
point de vue de ce qu'on y voit », à chacun
de s'y refléter.
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«
Trace, signes, symbolisme perso »
- Autant l’idée de traces et de signes nous renvoie à la mémoire de quelque chose à déchiffrer, autant la notion de symbolisme nous pousse d’avantage vers des liens futurs d’une relation projective.
- Par exemple : Jouons avec notre imagination !
Petit test proposé par le peintre Annibal Carrache (vers 1600) : Voir dessin :

- Question : que voyez- vous ?
- Réponse : (Un maçon travaillant avec sa truelle derrière un mur.), (Entre autres... après ça tout est permis !)
- « Le signe visuel, ou symbole, nous communique
un sens. » dit Rudolf Wittkower (in
La migration des symboles), «
Le sens d’une œuvre d’art – continue-t-il-
demeure ouvert à l’interprétation.
Quelle relation existe-t-il donc entre le signe –ou le symbole-
et le récepteur du message ? »
- .../...« Le sens représentationnel n’est perceptible que si les objets ou scènes figurés par l’artiste appartiennent à l’expérience humaine du récepteur. ».
o L’expérience humaine de celui qui voit peut tout aussi bien être personnelle que collective, consciente qu’inconsciente, spontanée ou réfléchie, pleine de son patrimoine imaginaire.
- Quand on observe que les objets de notre monde peuvent se décomposer et se recomposer en figures géométriques simples comme le rond, le carré, le triangle et la ligne (pour ne pas simplifier le tout en un seul point) dans toutes leurs variations possibles : l’ovale pour le rond, le losange pour le triangle etc... imaginez le jeu complexe de leurs rencontres, leurs assemblages. Ajoutez à cela le pouvoir personnel de l’interprétation : comprendre du point de vue de ce qu’on y voit.
Il y a ici matière, presque infinie, à créer un langage visuel particulièrement ludique et loquace.
Amenez le jeu subtil des couleurs et de leurs nuances, donnez leurs du corps avec des matériaux choisis pour leurs qualités, laisser venir tout ce petit monde vous surprendre, vous éblouir, en même temps que vous le réaliser en le piégeant sur la toile... vous créez, par un effet de migration un « symbolisme perso ». On peut même, ici, lui donner quelques touches d’humour et d’ironie.
- Perso... perso et demi, car du fait même de sa construction le regard de l’autre qui lui donne vie, se fait aussi son « symbolisme perso » en se l’appropriant.
- Appropriation – dépossession, on est en plein dans le paradoxe de l’objet symbolique.
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« Ceci n’est pas une Veste ! »
- ... ni un gilet, ni un tissu, ni une cape ... en
paraphrasant le titre d’une toile de Magritte…
c’est une image de l’Homme ! nous dit Yvonne Deslandres.
- Le tissu a toujours vocation d’être ou devenir quelque
chose. En cela c’est un des meilleurs et plus fidèles compagnons
de l’Homme, il intervient partout et tout le temps, depuis les
tâches les plus viles jusqu’aux plus nobles.
- Le Tissu d’Art, s’il se veut différent, appartient
à la famille nombreuse des arts appliqués.
- Aussi, au plaisir de travailler la matière (naturelle...
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si possible) et de l’orner
de motifs et de signes, s’ajoute celui de jouer avec sa plastique,
le façonner, le sculpter en taille douce, lui donner une forme
humaine sans souci de la mode..
- En plus on répond à une question posée depuis la seconde moitié du XX° siècle, à savoir : « comment sortir la tapisserie de son mur, lui donner du volume ? ».
- C’est l’ultime étape de son éducation avant de le pousser vivre sa vie. Il devient, alors, complice avec l’humain qui bouge avec lui, enrobe ses meubles, habille sa maison, parfois habite dedans. Dans tous les cas sa complicité révèle discrètement comment son compagnon pense.
- Ceci me fait pensé à cette réflexion faite par un client : « On fait le même métier ! On essaye de faire de belles choses pour mettre les gens dedans. ». Il est architecte !
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« les aboutissants techniques
... »
- Pour faire aboutir cet engagement, passer à l’acte, il a fallu adapter certains principes techniques.
- Par chance, le Métier à tisser à la main, dans sa simplicité et sa souplesse d’outil, permet d’exprimer n’importe quel Tenant esthétique (ou presque). Ce que sa simplicité de fonctionnement empêche en technicité elle nous le rend en liberté de manipulation.
- Pour notre atelier, il est vite devenu clair que, d’une part, le seul registre du tissu n’était pas satisfaisant, d’autre part, le seul registre du tapis-tapisserie non plus !
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- A l’évidence, il fallait réunir les deux, allier ces registres et étendre notre Tessiture. Cela pour engendrer plus de liberté et de spontanéité dans la conception et l’ornement des étoffes et de l’objet.
- L’enjeu était donc simple : pour multiplier les possibles il me fallait pouvoir garder les gestes «premiers » de la tapisserie et introduire la complexité des armures du tissage.
- On s’est accordé en concevant une chaîne dont le «rentrage» des fils permet de conserver une armure «toile» tout en autorisant un effet de chaîne «sergé» plus complexe afin de jouer sur des séries combinatoires avec des mouvements d’ondulation.
- «Le frappé colonial» québécois que j’ai rencontré dans mes lectures «mode d’emploi», retravaillé, remanié avec des expériences personnelles, m’offre cette base des possibles. Sur ce fond de toile qui me sert de «liage» je peux, quand je le souhaite, faire émerger toutes les figures désirées.
- J’utilise, pour ce faire, la technique du «brochage», comparé parfois à la broderie, dans la mesure où il s’agit d’ajouter une trame à la trame de base.
- En fait le «brochage» garde son originalité. Liée à une armure de frappé colonial, cette méthode permet, non seulement de tracer une figure ou un motif, de n’importe quelle forme, sur un fond de toile, mais aussi de lui associer un jeu intérieur « d’arabesques » qui constituent une sorte de dessin dans le dessin.
- Enfin, pour compliquer un peu les choses, j’y ajoute les gestes du Kilim et du Soumak. Ces deux procédés tissent des tapis sans velours, en aplat.
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- Ainsi, quand je m’installe au métier, je suis dans une
attitude semblable à celle de l’écrivain devant
sa page blanche, ou du peintre face à sa toile. Il existe, cependant,
une différence de taille, à savoir que je n’ai ni
la page ni la toile. En effet, c’est au fur et à mesure
que je compose mon texte ou mes motifs que je dois bâtir mon support,
ligne par ligne.
- Et c’est de cette façon que j’ai pu rejoindre
cette antique démarche (la flamme
de Jaurès) : utiliser le tissu comme support de
textes et d’images, mission qu’avait le tapis à l’origine
et proposer « le fruit, non défendu,
de ce métier » dont nous ignorons encore les effets
secondaires ... il faut, paraît-il, se méfier des serpents
déguisés qui proposent des pommes.
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